MMDP

Saul Williams au Nouveau Casino, c’était beau, chaud, intense… Charisme, voix qui claque, une façon de scander ses textes qui vous happe, un show très rock même si slam et influences hip-hop ne sont jamais loin, et cette impression d’être dans les sous-sol d’un club New-yorkais face à un ovni musical en plein décollage. Il m’avait déjà sacrément surpris il y a plusieurs années aux Transmusicales de Rennes. Cela fait du bien de prendre une bonne claque musicale de temps en temps.

Aloe Blacc au Trianon

Petit concert du nouveau « prodige » de la soul américaine au Trianon dimanche soir. Excellent moment, Aloe Blacc a vraiment une voix à tout casser. On peut juste regretter qu’il manque encore un peu de « lâcher prise ». Le concert était quand même assez convenu pour ce type d’artiste. Un bon groupe, une musique qui invite à danser et à faire des vocalises, on allonge les titres grâce aux solos des uns et des autres, emballé c’est pesé.

Manquait cette petite folie qui fait de ce type de concert un vrai grand moment, qui retourne un public conquis d’avance. Là, Aloe Blacc fait le job, et vraiment bien, mais ça a vite tendance à ronronner. Manque encore quelques titres vraiment explosifs à l’image de « I need a dollar ». Prochain album et prochaine tournée sans doute.

2 courtes vidéos prise à l’arrache, un extrait de « I need a dollar » et Aloe Blacc qui joue avec public sur « You make me smile ».

{Woodkid} LA sensation du moment à mes yeux. Découvert il y a quelques semaines en concert, en première partie de Revolver aux Bouffes du nord, j’avais été scotché par la voix du bonhomme. Le set n’était pas parfait, on sentait que la formation manquait un peu de rodage sur scène, mais les quelques titres joués par Woodkid claquaient dans l’atmosphère chaleureuse de ce vieux théâtre. Après des centaines de concerts, on sait que l’on ne prend hélas que rarement des vrais claques face à un artiste en live. Quand c’est le cas, que l’on tombe sur ce genre de perles, peut importe les imperfections, seuls comptent les frissons que l’on ressent.

La question était donc : Woodkid a-t-il été juste un instant magique un soir dans un théâtre défraichi, où est-ce une de ces jolies pépites que l’on espère toujours trouver ? La sortie en début de semaine de son premier EP « Iron » apporte la réponse. Il y a « a kind of magic » chez Woodkid. Arrangements superbes, voix intense qui vous fait immédiatement basculer dans un autre univers, ces 4 titres mettent la barre très haut.

Mais quitte à faire sensation, autant aller jusqu’au bout et assurer en plus la touche artistique qui va bien. Cela donne une superbe pochette, et surtout un clip canon qu’il a lui-même réalisé. Du talent à revendre donc. Et une bonne envie de demander une interview pour trouver la faille chez Woodkid :).

PS : après écoute sur Spotify, on est prié d’aller acheter l’EP sur itunes en soutien. Merci :) et d’aller «liker» le bonhomme sur Facebook

Moriarty, groupe (largement) surestimé ?

Délicat de « démonter » un groupe qui connaît un tel succès… Une semaine de résidence au Trianon à Paris, tous les groupes ne peuvent pas se le permettre. Mais Moriarty surfe encore sur l’incroyable succès de son 1er album « Gee whig but thés is a lonesome town » et du gros carton de deux titres : « Jimmy » et « Private Lily ». Chansons vintage qui puisent leurs racines dans la country, look et clips décalés, chanteuse vaguement atypique, mélangez et secouez  le tout : un carton. Ajoutez des affiches graphiquement irréprochables pour annoncer ces concerts parisiens, un nouvel album au même moment, on fonce dans le panneau et au Trianon pour swinguer avec eux sur la vague du succès.

Sauf que, tel le surfer biarrot au petit matin sur la côte des basques, on attend le bon vent et LA vague pour s’élancer et … rien, à peine quelques risées et ridules à la surface de nos impassibles visages (relis la phrase, ça se tient, enfin vaguement). Chansons après chansons, le concert se déroule dans une indifférence polie face à la linéarité ennuyeuse du set de Moriarty. Tous les titres se ressemblent et paraissent interchangeables, et malgré l’ambiance qui rappelle vaguement le show Wild Wild West à Disneyland, on est très loin de pousser des « Hiiiipiiiiiyaaa » en faisant tourner les chapeaux. Et à l’impression de redondance pénible d’un titre à l’autre s’ajoute celle de « déjà vu », et entendu, tant musicalement le groupe n’offre qu’une relecture d’airs mille fois joués.

Mais, « ça joue » comme on dit, et les membres de Moriarty ne sont pas manches avec leurs instruments. Alors le groupe étire toutes les ficelles qui permettent de vernir un concert terne : et que j’accélère le tempo pour faire bouger le public, et que je le ralentis pour capter son attention, et que je te fais quelques titres en acoustique parce que c’est chic et que ça te donne, public, l’impression d’être privilégié.

Certes, les fans vont crier au scandale, et dans la fosse les premiers rangs étaient en extase. Mais dès que l’on dépassait une dizaine de rang, les visages s’allongeaient, les soupirs fusaient, les discussions à l’oreille se multipliaient… et dès le premier rappel, le bar s’est (bien) garni, pendant que le hall d’accès à la salle se remplissait. Et le groupe était encore entrain de jouer qu’une partie de la salle pliait bagage, scène relativement rare en dehors des festivals avec multi-affiche. Un concert fort décevant pour un groupe à l’atypisme bien lisse.

Mina Tindle en concert

Il y a un an je vous parlais de Mina Tindle, jeune artiste découverte en 1ère partie de JP Nataf. J’étais tombé sous le charme de sa voix, que vous pouvez découvrir à travers 2 titres de son 1er EP sur sa page Facebook. Elle sera en concert à La Loge, rue de charonne à Paris, le 18 mars, 8 avril et 22 avril. Vais allez y faire un tour en mars, on annonce aussi la présence de JP Nataf (joie!) et une 1ère partie de (Please) Don’t Blame Mexico en piano solo. On peut réserver sur site de La Loge.

WoodKid, découverte de ma semaine musicale (chez @GUMusic)

Excellent concert hier soir de Revolver aux Bouffes du Nord, j’y reviendrai plus tard. Mais la surprise est venue de la 1ère partie, WoodKid, que je ne connaissais pas. Chanteur / violoncelle / synthé, une formation simple pour un début de show qui a laissé tout le théâtre sous le charme. Longtemps que je n’étais pas tombé par hasard sur un groupe aussi séduisant.

La voix de Yoann Lemoine, le chanteur est magique, grave et chaleureuse, de ces timbres qui vous font immédiatement plonger dans un univers. Je vous invite à écouter son dernier titre sur son My Space (tiens ça existe encore ??), Baltimore’s Fireflies, pour vous faire un avis. Ou ci-dessous quand ça fonctionne :) (Il faut tuer MySpace !)


WOODKID - Baltimore’s Fireflies

Woodkid | Myspace Music Videos

A suivre de près, son 1er EP est attendu pour fin février 2010.

Cocoon en live, un joli écrin musical… qui a tendance à se fissurer

De retour au Casino de Paris hier soir pour le concert de Cocoon, suite à la déception Katerine. Il y a toujours une interrogation lorsque l’on va voir ce type de groupe sur scène : un son délicat et fonctionnant essentiellement sur le mélange de 2 voix, cela peut vite perdre de sa pertinence en public. Le syndrome « c’est mieux sur disque » n’est jamais loin, forcément frustrant lorsque l’on aime le live et que l’on fait l’effort d’aller voir un groupe sur scène.

Cocoon efface vite ce doute et prend en main son concert dès les premiers titres. On retrouve vite ce qui fait leur charme, deux jolis voix parfaitement entremêlées, des ballades mélancoliques et joliment interprétées, et ce qu’il faut d’engagement et d’intensité dès que leurs titres le permettent. Cocoon joue la sobriété, y compris dans le décor et l’éclairage, et transforme le Casino de Paris en une salle intimiste malgré ses 2000 places. On note bien quelques imperfections à la guitare ici ou là mais rien qui ne vient gâcher le plaisir de les voir enfin sur scène. Et l’on se dit qu’en deux albums, Cocoon est en passe de s’imposer comme un jeune groupe qui compte.

Sauf qu’arrive le « turning point » du concert. Invités de Taratata, Cocoon s’est plié à la reprise d’un titre sur le plateau de Nagui, posant son choix sur « Empire state of mind » de Jay-Z et Alicia Keys. Et les deux artistes de renouveler ce choix sur scène. Sans préjuger de la version offerte sur le plateau de Nagui, l’interprétation d’hier soir a révélé tout le côté risqué, voir catastrophique, de ce choix. Là où une version tout en douceur folk aurait pu (à voir…) apporter quelque chose et permettre à Cocoon d’y apposer sa patte, la volonté de jouer sur l’énergie de la chanson révèle un groupe bien incapable de relever le défi qu’il s’est lancé. Pain sur pain à la guitare, intensité brouillonne, le concert tourne au mauvais bal populaire.

Etonnamment, ce qui aurait pu n’être qu’une simple faute de parcours imprime le ton de la suite de la prestation de Cocoon. Petit à petit l’écrin musical qu’ils étaient parvenus à créer se fissure. Les approximations vocales et à la guitare se multiplient et le groupe donne l’impression de perdre le fil de son concert. Et comme un sportif qui force son geste dans les moments difficiles, Cocoon cherche à mettre plus d’énergie dans sa prestation, et c’est la qualité de celle-ci qui en prend un coup.

Une fin de concert décevante donc et qui montre un peu la limite du groupe dans une telle salle. Leur « jeunesse » saute aux yeux à ce moment là. La notoriété acquise rapidement se révèle ambigüe, la demande du public les projette dans ce type de salle mais l’on sent que Cocoon mériterait encore de grandir tranquillement dans des espaces plus petits. A découvrir sur scène donc, mais sans doute dans un environnement plus intimiste.

Concert : Katerine se fracasse sur le mur du çon

Barbe de 3 jours, mèches longues, lunettes sur le nez, chemise à carreaux et baskets « édition limitée », je me sentais fin prêt dans ma tenue de bobo parisien pour aller affronter le concert de Philippe Katerine au Casino de Paris. Une fois sur place, pas de doute, j’ai trouvé LA source, tous mes semblables sont là, prêts à en prendre plein la tronche à la base de LOL, de loufoque, de décalé, et, malgré tout, d’un peu de musique…

Première tête connue croisée, l’un des membres du team « 10 minutes à perdre ». Bon signe ? Pas vraiment, ces 10 minutes à perdre se sont transformées en 120 minutes d’un long calvaire visuel et « musical ». Où quand à force de vouloir faire du décalé, chanter décalé, vendre du décalé, on finit par être d’un consternant banal et frôler le foutage de gueule de son public.

Entendons-nous bien. Je n’ai jamais été un immense fan de Philippe Katerine, mais il a toujours su imposer une patte, une griffe particulière dans le milieu guindé de la « chanson française ». Avec Louxor j’adore, il a rencontré de plein fouet le grand public et obtenu un succès bien mérité après de nombreux disques et contre-pieds musicaux.

Mais son concert d’hier soir, en très grande partie basé sur son dernier album, a révélé à mes yeux les limites du personnage actuel. Pendant l’immense majorité du show, le compte n’y était pas. Intérêt musical nul, à base de phrases scandées, répétitives à n’en plus finir et bien pauvres, et surtout show visuellement sans aucun relief. Ses deux danseuses avaient beau arpenter la scène dans tous les sens, enchaîner les chorégraphies supposément « marrantes », le pauvre Philippe Katerine errait sur scène comme un pauvre diable. Il ressemblait finalement à une caricature de lui-même, dépassé par son obligation d’être loufoque, d’être en slip et de demander au public de lui jeter des bananes.

Long et pénible concert donc, encore plus à l’aune des 20 dernières minutes. Paradoxalement, cette fin de show montrait tout ce que Katerine sait faire et pourquoi il occupe cette place si particulière sur la scène française. Show enlevé, chansons popart efficaces, public enfin réveillé de sa torpeur… Juste de quoi laisser un arrière goût amer en partant et la vague impression d’avoir assisté au caprice artistique d’un « enfant-artiste » trop content de lui et de casser son jouet. Et face à un public trop heureux d’être « hype et décalé » pour s’en rendre compte.

A l’origine, Benjamain Biolay, Live au Casino de Paris