Utiliser comme point de départ d’un roman la mort de Nicolas Sarkozy, voilà un «pitch» qui a tout pour faire parler de lui. Si on ajoute à cela le fait que ce roman a été publié dans un premier temps en version numérique sur iPhone, le buzz devrait prendre.
Double paradoxe, les critiques semblent d’une part se détourner (pour l’instant ?) de «Le chemin qui menait vers vous», roman d’anticipation de William Réjault et Laurent Latorre, et d’autre part ce n’est pas du côté de ces éléments «buzzables» que se situe l’intérêt du livre, mais bien de son contenu.
Reprenons le «pitch» complet: « C’est la mort violente de Nicolas Sarkozy qui a tout précipité. » Nous sommes juste avant l’élection présidentielle de 2017 et, à la suite du dernier choc pétrolier, la France est plongée dans le chaos. Après l’essence, la nourriture se raréfie, il n’y a quasiment plus d’électricité, plus d’Internet, plus de téléphone. Le pouvoir est dépassé. L’administration tourne au ralenti. Les forces de l’ordre se divisent en autant de factions. Les journaux ne paraissent plus. Tous les repères de notre existence moderne, de notre confort moderne s’écroulent l’un après l’autre…»
La suite est la traversée nord-sud (ouest bien sûr) d’un équipage brinquebalant de personnages, forcément attachants, évidemment différents, à travers un pays à la déroute, soumis aux tensions et en proie à un violent retour en arrière sur le plan du développement économique.
Il y a une vison apocalyptique dans ce monde qui pour la première fois de son évolution subit une forte décroissance et se retrouve soumit au pire de ce que nous promettent les Cassandre écologique. Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ce roman en obligeant ses personnages à se frotter à l’absence de tout ce qui fait notre confort moderne.
Les auteurs évitent, heureusement, de trop se frotter à une idéologie politique ou moraliste et de nous asséner des avertissements repoussoirs à la Nicolas Hulot et son «Syndrome du Titanic». Ils se contentent de plonger dans l’exode les protagonistes et de laisser infuser.
«Le chemin qui menait vers vous» n’a rien d’un «immanquable», mais il est de ces livres que l’on parcourt avec plaisir en se couchant. L’écriture est fluide, parfois naïve, mais l’on s’attache à ces anti-héros et l’on savoure d’être poussé à s’interroger sur notre rapport compulsif à la technologie et à la modernité. Un roman pop-corn et intelligent, qualités pas toujours évidentes à concilier.
PS: La phrase est bateau, chaque auteur, quelque soit son domaine, l’a sorti un jour: «Il y a un peu de moi dans ce personnage». Il suffit d’avoir croisé quelques fois William Réjault pour se rendre compte qu’il n’aura aucun mal à incarner son propre héros, Guillaume, dans l’adaptation cinématographique :)
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