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Aloe Blacc au Trianon

Petit concert du nouveau « prodige » de la soul américaine au Trianon dimanche soir. Excellent moment, Aloe Blacc a vraiment une voix à tout casser. On peut juste regretter qu’il manque encore un peu de « lâcher prise ». Le concert était quand même assez convenu pour ce type d’artiste. Un bon groupe, une musique qui invite à danser et à faire des vocalises, on allonge les titres grâce aux solos des uns et des autres, emballé c’est pesé.

Manquait cette petite folie qui fait de ce type de concert un vrai grand moment, qui retourne un public conquis d’avance. Là, Aloe Blacc fait le job, et vraiment bien, mais ça a vite tendance à ronronner. Manque encore quelques titres vraiment explosifs à l’image de « I need a dollar ». Prochain album et prochaine tournée sans doute.

2 courtes vidéos prise à l’arrache, un extrait de « I need a dollar » et Aloe Blacc qui joue avec public sur « You make me smile ».

Moriarty, groupe (largement) surestimé ?

Délicat de « démonter » un groupe qui connaît un tel succès… Une semaine de résidence au Trianon à Paris, tous les groupes ne peuvent pas se le permettre. Mais Moriarty surfe encore sur l’incroyable succès de son 1er album « Gee whig but thés is a lonesome town » et du gros carton de deux titres : « Jimmy » et « Private Lily ». Chansons vintage qui puisent leurs racines dans la country, look et clips décalés, chanteuse vaguement atypique, mélangez et secouez  le tout : un carton. Ajoutez des affiches graphiquement irréprochables pour annoncer ces concerts parisiens, un nouvel album au même moment, on fonce dans le panneau et au Trianon pour swinguer avec eux sur la vague du succès.

Sauf que, tel le surfer biarrot au petit matin sur la côte des basques, on attend le bon vent et LA vague pour s’élancer et … rien, à peine quelques risées et ridules à la surface de nos impassibles visages (relis la phrase, ça se tient, enfin vaguement). Chansons après chansons, le concert se déroule dans une indifférence polie face à la linéarité ennuyeuse du set de Moriarty. Tous les titres se ressemblent et paraissent interchangeables, et malgré l’ambiance qui rappelle vaguement le show Wild Wild West à Disneyland, on est très loin de pousser des « Hiiiipiiiiiyaaa » en faisant tourner les chapeaux. Et à l’impression de redondance pénible d’un titre à l’autre s’ajoute celle de « déjà vu », et entendu, tant musicalement le groupe n’offre qu’une relecture d’airs mille fois joués.

Mais, « ça joue » comme on dit, et les membres de Moriarty ne sont pas manches avec leurs instruments. Alors le groupe étire toutes les ficelles qui permettent de vernir un concert terne : et que j’accélère le tempo pour faire bouger le public, et que je le ralentis pour capter son attention, et que je te fais quelques titres en acoustique parce que c’est chic et que ça te donne, public, l’impression d’être privilégié.

Certes, les fans vont crier au scandale, et dans la fosse les premiers rangs étaient en extase. Mais dès que l’on dépassait une dizaine de rang, les visages s’allongeaient, les soupirs fusaient, les discussions à l’oreille se multipliaient… et dès le premier rappel, le bar s’est (bien) garni, pendant que le hall d’accès à la salle se remplissait. Et le groupe était encore entrain de jouer qu’une partie de la salle pliait bagage, scène relativement rare en dehors des festivals avec multi-affiche. Un concert fort décevant pour un groupe à l’atypisme bien lisse.